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    Nana Osaki vit cachée tel un chat vagabond à Londres, évitant tout contact avec ceux qu'elle a connu par le passé. Cependant de nouvelles révélations sur la mort de Ren pourraient bien tout changer.



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Venez répondre à notre MJ sur le RP Lone & Ardent et faites avancer l'intrigue ! L'étau se resserre de plus en plus autour de nos personnages ! Pourquoi tout ce remue ménage sur la mort de Ren après 6 ans ! Répondez et nous le sauront bientôt !

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 ~ Memories of lost good times ~

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Junko Saotome
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MessageSujet: ~ Memories of lost good times ~    Sam 19 Nov - 23:13

won't lose you a second time.




    Je me souviens d'un jour, entre autres.
    Un matin de printemps, un de ces matins qui vous refont des
    espérances et vous redonnent des rêves d'adolescents.
    Je ne pensais à rien ! Pourquoi penser en ces heures de joie inconsciente,
    profonde, charnelle, joie de bête qui court dans l'herbe, ou qui vole dans l'air bleu sous le soleil ?
    Comme la vie est belle sous la poudre d'or des songes !
    *





    Les lumières aveuglantes, les bruits assourdissants de la capitale, le flot sinueux de la foule toujours pressée, avaient fait place aux pics montagneux vêtus de leur sempiternelle gaze laiteuse, les sentiers fangeux bordés de mousse, la route bossuée par endroit, jonchée de flaques d'eau claire, traces des premiers orages de juin, dans lesquelles miroitaient des arc-en-ciels. Elle avait l'agréable impression d'être immergée dans un paysage de Monet, sentait le toucher exquis des rayons d'Hélios mordre délicatement sa peau hâlée. Comme elle avait aimé courir dans ces champs, comme elle avait savouré le contact des longs brins d'herbes qui lui chatouillaient les mollets. Tout ici semblait si calme, comme inchangé depuis son dix-neuvième printemps. Retourner dans sa ville natale après tant d'années d'absence lui avait semblé comme un saut dans le passé. La simple vue de cette beauté bucolique avait gommé la fatigue du voyage. La jeune femme retira ses lunettes de soleil et les glissa sur son front, entre ses obscures boucles brunes ondulant au grès des caresses de Fūjin. Elle plongea sa main dans la poche de sa saharienne de cuir et en tira une enveloppe décachetée. Elle en sortit un feuillet cartonné orné d'arabesques dorées et de tâches de peinture imprimées.

    "Invitation au vernissage des élèves de l'Ecole d'Art Naruse le 24 Juin. L'occasion de revoir vos anciens camarades! Venez nombreux! "

    Elle huma le carton duquel émanait une délicate effluve de papier tout juste imprimé. Aujourd'hui encore, elle avait du mal à croire qu'elle avait survécu à un voyage dont bien peu revenaient. Elle avait failli lâcher ce fil si précieux, tendu par les doigts crochus des Parthes. Qui liait l'être au non-être; la vie à la mort. Elle revoyait encore le crépis blafard du plafond de la chambre d'hôpital, elle sentait les draps peser sur ses jambes meurtries, la camisole qui emprisonnait son corps frêle telle un linceul immaculé, ses membres gourds. Puis la vue horrifiante des sondes piquées dans la chair tendre de son bras hâlé, le flot de sang sortant de son corps tel une ambroisie exquise s'échappant de plus en plus vite. Le souffle se raccourcissant, la suffocation. Un cri étouffé. Le néant.



    *************

    A son réveil, elle avait eu l'atroce impression qu'un poids colossal écrasait sa poitrine. Des mots parvenaient par bribes à ces oreilles douloureuses. "Sonde débranchée". "Coma éthylique". "Presque morte".

    Presque morte... Tout cela lui paraissait si loin maintenant. Le tranchant obscur de la faux funéraire avait effleuré sa joue, mais par chance elle n'en conservait aucune trace. A chaque instant, elle se sentait comme envahie d'une fureur de vivre qu'elle avait crue à toujours disparue, c'était une explosion des sens qui la faisait renaissante, chaque émotion se faisait intense, tous ses muscles tressaillaient à chacun de ses souffles.



    *************



    La silhouette moderne de l'Ecole d'Art se rapprochait peu à peu. Des tables couvertes de nappes de papier blanc avaient été installées dans la cour. Les effluves des mets et friandises apportés par les convives emplissaient l'air. Elle n'avait pas suspecté qu'ils seraient aussi nombreux. Partout, des visages se scrutaient et se reconnaissaient en riant, les souvenirs ressurgissaient, on discutait des bons moments passés entre ces murs.


    Je me demande si Nana va venir...  


    Elle soupira... La jeune femme avait certainement peu de temps à accorder à ces réunions d'anciens élèves, vu la complexité de sa situation familiale en ce moment. Maintenant qu'elle y pensait, cela faisait pas mal de temps qu'elle n'avait pas vu les enfants. Depuis que son état physique comme mental avaient commencés à se dégrader, elle n'osait plus se rendre à l'appartement de Nana. Le rire candide de la petite Satsuki, depuis combien de temps n'avait-il résonné à ses oreilles? Depuis combien de temps n'avait-elle pas humé les effluves des délicieux repas concoctés par Nana? De combien de temps n'avait-elle pas entendu sa voix... lui demander de l'aide... Cette petite voix cassée, soulevée de sanglots impétueux... elle lui manquait tellement...


    Il lui faudrait du temps pour vivre à nouveaux tout cela. Mais elle avait décidé de se reprendre en main. Définitivement. Elle ne laisserait plus jamais happer par les griffes acérées de son passé. Plus jamais. Désormais, elle rebâtirait sur les ruines. L'espoir rayonnant d'un présent à construire à chaque instant. A portée de main.


    - Saotome-san !


    Elle se retourna immédiatement à l'appel de son nom. Une jeune femme aux boucles ondulées ornées de reflets blonds, ses lèvres pulpeuses habillées de pourpre lui faisait face, apparemment émerveillée d'avoir retrouvé une ancienne connaissance.


    - C'est bien vous! Vous vous souvenez de moi, n'est-ce-pas, ajouta-t-elle d'un air guilleret.

    - ...

    - Makoto, Makoto Suzumiya ^^


    Mais qu'est-ce que c'est encore que cette groupie? On dirait une de ses pin-ups, toute droite sortie d'une toile de Lichtenstein... Un peu trop industriel à mon goût.


    - On était à la même école d'art, vous vous souvenez ^^


    Erm, franchement je crois que m'en serais pas doutée du tout.


    - Euh, vous savez, j'ai toujours adoré ce que vous faites. Franchement, vous m'avez toujours beaucoup inspirée. Vous avez du devenir une grande artiste ^^ Je pourrais avoir un autographe?? *o*


    Et une lèche-bottes avec ça...


    - Héhé je parle un peu toute seule là...


    - Sans blague..., marmonna la grande métisse en s'apprêtant à tourner les talons.


    - Si vous me montriez un peu les oeuvres que vous avez exposées...


    - Euh, une autre fois peut-être.


    Là tu commences sérieusement à me taper sur le système ma jolie, ne m'oblige pas à sortir les poings, je serais terriblement désolée d'avoir à t'arranger le portrait... déjà pas mal retouché apparemment.


    - Ah, je vois ^o^ Bon, ce n'est pas grave, tant que je reste avec vous... Vos... vos yeux...



    La jeune femme s'arrêta interloquée. Junko s'était levée tout d'un coup, sa silhouette svelte dressée sur son séant. Ses poings s'étaient crispés imperceptiblement. Ses pupilles s'étaient voilées. Un léger tremblement à la commissure de ses lèvres carminées trahissait son effroi. Sa jugulaire saillait affreusement au fur et à mesure que son pouls s'accélérait. Ce regard...


    - Ne... ne me regardez pas comme ça ça me fait un peu peur ce regard, là...
    Les grands yeux noir comme ça, ça me fait penser à ce film d'horreur là euh vous savez celui avec le masque et puis la grande bouche qui donne les chocottes là

    Saotome-san?? Où allez-vous?



    Junko se retourna et appuya fortement son index sur les lèvres de la jeune femme, qui la fixa, apeurée, ses yeux cerclés de noir écarquillés.


    - Mais qu'est-ce que vous...

    - Maintenant, tu vas te la fermer.



    Et sans prêter attention aux larmes secouant la poitrine d'une Makoto terrorisée, noyant les fards de sa figure dans un ruissellement de mascara, la grande métisse se dirigea vers un groupe de personnes, amassées autour d'un homme désormais de dos. Elle bouscula plusieurs corps sur son passage mais ne se retourna pas. Ce regard... Ce regard qu'elle avait cru apercevoir au milieu du flot incessant des rires et des palabres, les senteurs boisées de la fumée de cigarette et l'odeur ragoûtante de la nourriture, cet appel muet noyé dans la foule des inconnus la magnétisait. Elle se sentait attirée malgré elle, tout en elle ayant envie de courir, courir le plus vite possible, jusqu'à ce que ses jambes ne puissent plus la porter. Puis courir encore. Ses pas n'obéissaient plus à sa pensée, son corps se muait telle une ombre dans le néant de la foule. Qui écouter? Qui suivre? Trop tard. Un mètre unique la séparait à présent de ce regard qui la captivait. Cette paire d'yeux, ces pupilles d'émeraudes intenses... Non. Si ce n'était pas lui, elle... Elle ne pourrait pas affronter... de le perdre... encore...



    Fendant la foule de centaines de paires d'yeux interloqués, de centaines de lèvres médisantes et de sourires méprisants, une paire de jambes s'échappa. Les articulations s'actionnaient mécaniquement, les poussant toujours plus loin. Pour ne plus qu'elle ait à supporter ce regard.



    *************

    Spoiler:
     


    « Eh Fukuro, amène-toi ! »

    Des nuages gorgés de pluie avaient envahi le ciel de Suita. Les gouttes détrempaient le pavé sale, ruisselaient sur les papiers gras, rasaient  le béton décharné des immeubles, coulaient indifféremment sur son petit corps accroupi dans la fange. L'eau grisâtre emportait les sanglots secouant sa poitrine d'adolescente de 15 ans.



    Le clapotis des gouttes d'eau fangeuse perçant le plastique de la canalisation. Régulier. Inébranlable. Rassurant.



    « Maintenant, tu es ma rose. Ma rose bleue.»



    Accroupie au fond d'une vasque de silence et d'obscurité, les paupières closes lourdes de larmes retenues, la jeune femme avait posé sa tête contre ses genoux. Elle avait fini par se réfugier dans le seul lieu qui avait su jadis étancher ses peines d'adolescente devenant adulte: les toilettes de l'école. Là, son esprit se vidait, elle ne pensait plus à rien. elle oubliait même qu'elle respirait. Oublier de vivre, oublier d'exister... soulagement extrême... Revenir à son instinct premier, se contenter d'observer, de ressentir, de subir, sans se poser de question. Il lui semblait que l'eau fuyante déborderait peu à peu de la cuvette, étendrait ses bras visqueux. Peu à peu, elle étirerait ses flots verdâtres, léchant le crépis des murs, croquant la peinture écaillée avec délice. Elle se laissait engloutir délicieusement dans les plis voluptueux de ce corps aqueux, elle sentait ses cheveux délâchés ondoyer au gré des courants nauséabonds. Peu à peu, elle plongeait dans le liquide putride, peu à peu elle se noyait, aspirée dans un tourbillon fétide.
    Peu à peu, elle redevenait la petite fille perdue sur le pavé de Suita. Accroupie sur les dalles dégoulinantes, elle ne distingue plus ses larmes de la pluie qui écorche sa peau. On la saisit par ses membres, des lambeaux de tissus voltigent dans l'air, se collent à la pierre suintante de graisse et d'humidité. Elle ne sent plus rien, ses yeux creux n'ont pas cherché à apercevoir leur visages. Elle se laisse faire sans broncher, tiré, frappé, broyé, jeté, écharpé le petit paquet de chair mou et tremblant, la poupée de chiffon éventrée. Les insultes, les rires malsains lui parviennent sourds, murmures lointains étouffés dans l'éther de la nuit. C'est à peine si elle ressent la morsure de l'eau qui brûle sa peau meurtrie. Noir, gris les lignes se brouillent.

    «va bien? Eh, est-ce que ça va?»

    Elle sursaute. Une veste a glissé sur ses épaules courbées. Elle dodeline de la tête, esquisse un sourire d'enfant malade en croyant faire face à une vision d'outre-tombe.
    Oui, une vision, ça ne peut être que cela. Un ange, un ange aux yeux d'émeraude.

    Vert...
    Les couleurs s'effacent, s'écrasent sur ses pupilles hallucinées.
    Rouge?
    Elle suffoque...
    Roux...



    Un éclair rubescent. La porte claquée d'un coup sec. Puis un hurlement de jeune fille apeurée. La grande métisse, surprise d'être ainsi extirpée de sa rêverie psychédélique, se frotta vigoureusement les yeux avec la manche de sa saharienne et se leva en soupirant. Elle allait tourner le loquet quand elle s'aperçut que la porte de la cabine était déjà ouverte.


    Merde, j'ai dû oublier de fermer la porte des toilettes et une pauvre fille l'a ouverte..


    Elle avait du être légèrement surprise en voyant que c'était déjà occupé. Quelle imbécile... Junko sortit de la cabine où elle s'était réfugiée. A sa gauche, elle surprit une silhouette de dos. De courtes mèches châtains au reflets rubis, encadrées de deux mèches ondulées, une peau claire. De si jolies couleurs pour ce petit corps crispé.


    - Euh, excusez-moi, je ne m'étais pas rendu compte...


    A cet appel, la jeune fille se retourna. Elle devait avoir à peine quelques années de moins qu'elle. Ses yeux écarquillés étaient encore teintés de la surprise qu'elle avait du éprouver. Junko frissonna. Ces pupilles, d'un vert fébrile, profond... Deux émeraudes, deux lueurs qui avaient troué les nuages noirs de Suita. Un souffle à peine perceptible sortit de sa gorge.


    - I... Ikuto...



    Elle n'avait pas encore remarqué les gouttes d'eau salées qui perlaient sur la manche de son vêtement.


Dernière édition par Junko Saotome le Mer 17 Juil - 16:42, édité 19 fois
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MessageSujet: Re: ~ Memories of lost good times ~    Jeu 31 Mai - 18:46

(Après un train de retard, je poste ma réponse, avec mes plus plates excuses)

Aujourd'hui était un jour un peu spécial. Noriiko devait rentrer à Suita pour le week-end. Elle avait donc sauté quelques heures de cours le Vendredi après-midi pour prendre le train, direction Osaka. Normalement, elle serait de retour Lundi matin et ne louperait donc pas trop de cours. De toutes manières, la jeune femme devait bien avouer qu'elle s'intéressait de moins en moins à la faculté. Elle étudiait l'anglais et la culture anglaise. Elle adorait cette langue mélodieuse, c'était pour cette raison qu'elle avait décidé d'aller à l'université. Mais depuis qu'elle était devenue assistante dans une boutique de restauration d'instruments de musique, elle ne se concentrait plus sur les cours et négligeait quelques peu ses devoirs. Elle adorait le métier de restauratrice et même si elle avait tout à apprendre, ça ne lui faisait pas peur. Elle travaillait chez elle les techniques que lui apprenait son employeur et avait donc moins de temps pour travailler ses cours. Elle s'était passionnée pour son job et ses cours à la fac lui semblaient bien tristes en comparaison. Malgré sa passion pour le monde musical, elle hésitait tout de même à arrêter la fac. C'était uniquement parce qu'elle n'était pas encore sûre de son choix qu'elle continuait à suivre les cours. Elle préférait réfléchir calmement et ne pas se précipiter.

Bref, elle avait réservé son billet de train à l'avance afin d'éviter un éventuel problème. Grâce à son nouveau travail, elle n'avait pas eu à quémander auprès de son père pour obtenir l'argent du billet aller-retour. Depuis qu'elle était arrivée à Tokyo, elle avait appris à être indépendante financièrement. Son père en avait déjà suffisamment fait pour elle jusqu'ici, alors elle pouvait bien se débrouiller seule à partir de maintenant. Il serait ravi d'apprendre que sa fille avait un travail qui lui tenait à cœur et qu'elle savait se débrouiller sans lui. Noriiko savait bien que depuis qu'elle était montée à Tokyo, son père n'avait de cesse de se faire du soucis pour elle. D'ailleurs, il l'attendait à la gare d'Osaka. Malgré les protestations de la jeune femme, il avait insisté pour être là pour l'accueillir à la sortie du train. Elle était ravie de revoir son père après tout ce temps passé à Tokyo. Un week-end dans sa ville natale lui ferait du bien, même si elle redoutait de se promener dans les rues de Suita et dans le nord d'Osaka. Même si cela faisait déjà presque 2 ans, elle craignait toujours le regard des autres. C'était à cause de cela qu'elle avait quitté le domicile familial : elle ne voulait plus être obligée de supporter le regard pesant des voisins, des amis de la famille, des inconnus.

Le train s'arrêta enfin. Elle était arrivée à destination. Elle laissa sortir les gens les plus pressés et sortit en prenant son grand sac de sport contenant ses affaires pour le week-end. Elle chercha son père du regard sur le quai. Lorsqu'elle le vit, elle eut la surprise de constater que Sakura était là aussi. Sakura était son amie d'enfance. D'ailleurs, cette dernière ne laissa pas le temps à Noriiko d'arriver : elle lui sauta au cou. Les deux amies étaient heureuses de se retrouver. Après son accolade chaleureuse avec Sakura, elle embrassa son père et ils rentrèrent dans la maison familiale des Shimazu.

~Le lendemain après-midi~

Après les retrouvailles, Noriiko avait retrouvé son ancienne chambre. Sakura était restée dîner le soir de son arrivée. Tout s'était mieux passé que ce que la jeune femme avait pensé. Aujourd'hui, elle devait se rendre à l'école d'art Naruse. Il y avait un vernissage et tous les anciens élèves y étaient conviés. Noriiko n'avait pas fait partie de cette école, mais son frère oui. Ikuto était entré un peu par hasard dans l'école d'art de la ville. C'était l'époque où il jouait les délinquants. Bien qu'inscrit aux cours, il séchait souvent et les professeurs n'avaient de cesse de leur envoyer des lettres leur signalant les absences d'Ikuto. L'invitation était en réalité pour son frère. Mais il avait fugué voilà de cela plus ou moins de 10 ans et ni elle ni son père ne savaient où il se trouvait en ce moment même. Il n'avait pas daigné donner de ses nouvelles. Son père l'avait appelé la semaine dernière pour lui annoncer qu'il avait reçu une invitation pour Ikuto. Noriiko et lui avaient discuté du devenir de l'invitation et la jeune femme avait décidé de s'y rendre. Cela lui permettrait peut-être d'avoir des nouvelles de son frère par le biais de camarades de classe avec lesquels il aurait éventuellement gardé le contact...

Noriiko s'était vêtue d'un leggings noir long et d'une robe-pull à manches courtes grise pâle lui arrivant au-dessus des genoux. Pour compléter sa tenue, elle portait des bottes noires à petits talons, à bout légèrement pointu et aux lacets fantaisies situés à l'arrière des bottes. Elle portait de plus une veste courte noire. Elle arriva donc au vernissage et commença par observer la foule. Qui sait, peut-être que Ikuto... Non, elle se faisait des illusions. Il était impossible qu'il soit présent, puisqu'il ne savait même pas qu'il avait reçu une invitation.

Un moment après son arrivée, elle alla aux toilettes distraitement. Elle espérait sans doute vainement retrouver la trace de son frère en venant ici. Il avait décidé de fuir, elle n'était pas prête de le retrouver. Lorsqu'elle ouvrit la porte de la cabine tout en pensant à ce que pouvait faire Ikuto en ce moment, elle eut la surprise de constater que les toilettes étaient déjà occupés. Une jeune métisse aux cheveux noirs de jais, l'air plutôt absente. Noriiko claqua la porte d'un coup sec et ne put retenir un cri de stupeur. Cela avait eu pour effet de la sortir de sa rêverie. Elle voulut ressortir aussi vite qu'elle était entrée, mais la jeune métisse sortit de la cabine et l'interpella :

- Euh, excusez-moi, je ne m'étais pas rendu compte...

Noriiko se retourna et allait répondre, gênée, que ce n'était rien, mais son interlocutrice sembla frissonner et un son à peine perceptible sortit de sa gorge :

- I... Ikuto...

Des larmes roulaient sur les joues de la jolie métisse. Noriiko fut abasourdie. Elle avait bien entendu ? La jeune femme en face d'elle connaissait-elle Ikuto ? Quelle était la probabilité pour que ce soit son frère dont il était question, et non pas un autre Ikuto ? Pendant un instant, elle resta interdite, ses yeux émeraude exorbités par la surprise.

Puis elle se reprit en voyant les larmes de la métisse. Pourquoi pleurait-elle ? Noriiko s'approcha d'elle et lui demanda :

 « _Vous... vous allez bien ? Je suis désolée... de vous avoir... dérangé... »
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Junko Saotome
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MessageSujet: Re: ~ Memories of lost good times ~    Dim 3 Mar - 6:41



     - Vous... vous allez bien ? Je suis désolée... de vous avoir... dérangé...





    Elle acquiesça en se composant un sourire forcé.


    - Oui, oui, bien sûr, fit-elle d'un ton qui se voulait rassurant en dévoilant un clavier de dents blanches, ne vous inquiétez pas pour moi.


    Mais un frisson dans sa voix démentait ses paroles. La jeune fille, dont les longues boucles flambaient à présent de reflets d'ambre sous la caresse cuivrée du soleil, la scrutait toujours du même regard vert et intense, double lac d'émeraude gonflé d'inquiétude. Avait-elle remarqué le noir liquide de ses yeux, avait-elle noté le léger tremblement de sa lèvre supérieure ? Avait-elle lu à travers les verres teintés des lunettes les lettres de l'adieu jamais prononcé, tracées à l'encre de sang ?


    - Tout va bien, je vous assure, je suis juste un peu... 


    Sa voix se brisa lorsqu'elle sentit un point humide glacer la peau de son poignet. Elle loucha sur la manche de sa saharienne. Une goutte sombre gagnait peu à peu le tissu, buvant les fibres telles un obscur poison.


    - … sonnée... 


    Junko leva la tête vers la jeune fille aux cheveux châtains, qui la fixait d'un air peu convaincu. Sa main s'était crispée autour du poignet pour dissimuler vainement la tâche traîtresse. Elle avala sa salive pour réprimer la douleur tranchante, vive, électrique qui se rappela à elle en lui hérissant tous les poils malgré la chaleur. Ce poignet qui gardait le choc de l'intra-veineuse.


    - Excusez-moi, il faut que j'aille laver... la manche. Elle... elle est sale. Oui. 


    Ce poignet où elle avait imprimé ses dents. La nuit. Si souvent.




    Agenouillée sur le macadam jonché de papiers gras qui crachent l'encre et la pluie. La nuit exhale l'essence, la peur, les bombes de peinture et le chien mouillé. L'eau, collante et noire de la crasse de la ville, se glisse sous le coton rayé du pyjama et, sur le tissu, joint par accoups sa constellation d'étoiles éteintes à celles du chagrin nocturne. Elle se plaque contre l'épiderme et le désosse jusqu'à la moelle, enserre chaque organe à l'enveloppe lisse et brillante jusqu'à le faire éclater, perce les veines qui crèvent leur mollesse bleue dans le goudron en putréfaction. Démembrée, écartelée, défigurée, l'enfant demeure immobile, poupée cassée. Ses fils ont cassé sous les insultes et les cris qui résonnent et s'estompent, se poncent et se confondent dans l'averse. Agenouillée sur le macadam jonché de papiers gras qui crachent l'encre et la pluie. La nuit exhale le pétrole, la peur, les bombes de peinture et le chien mouillé. Elle sent à peine les mains étrangères qui s'emparent du petit corps brun, ces mains qui bâillonnent ses lèvres, bouchent ses yeux, lacèrent ses cuisses, mangent ses seins. Démembrée, écartelée, défigurée. Elle n'a même pas cherché à se défendre. Elle ne pleure plus. Quinze ans. Agenouillée sur le macadam, les yeux hagards, secs et blancs comme un désert, vidés à la petite cuiller de la désillusion, les mirages se sont dissipés et elle observe, assoiffée, le spectre de l'enfance qui fond brûlé par un soleil noir, il fuit, il court, dans l'obscurité d'un Suita sans étoiles.





    Brr!
    La morsure de l'eau glacée agit comme une claque et lui arracha un frisson, l'extirpant de son monologue intérieur. Finalement, Junko n'avait pas beaucoup changé depuis la nuit de ses quinze ans. La jeune femme était toujours aussi fragile, de cette fragilité abhorrée qui la poursuivait en ombre chinoise, qui la répugnait souvent et l'étouffait immanquablement. Cette fragilité, qu'elle avait trop longtemps à tort traité de faiblesse. Pour s'en débarrasser, elle n'avait pas hésiter à se jeter contre les murs, à frapper sans comprendre, l'autre ou elle-même, c'est la même chose de toute façon, plus fort, ravale tes pleurs petite fille, ta sueur et ton sang, c'est cette même saloperie de coeur qui bat dans leurs poitrines d'êtres humains vils car infirmes, malades de la maladie du siècle, toi tu ne succomberas jamais au joug des sentiments. Cette fragilité qui la faisait femme. Avec le temps, elle avait simplement appris à l'apprivoiser, à la grimer pour mieux la refouler dans les tréfonds de son âme d'enfant grandi trop vite. Chaque jour, elle s'appliquait à la peindre pour mieux l'enterrer, verrait-on le trait hésitant du repentir sous la perfection des couches de fard psychique, crème de l'ironie, onguent de la désinvolture, rouge de l'espièglerie, baume du tact?


    « Ne pleure pas.»


    Mais lui, il l'avait vue instantanément vraie, brute, débarrassée en un instant des artifices millénaires. Le moi avait de terreur percé toutes les couches, soufflé toutes les poudres, et elle était tombé dans ses bras séraphins, frêle comme un nouveau-né nu, désespérément mis à nu, et ruisselant de tous ses fards se déversant en un torrent de liquide foetal de ses pupilles soudain réveillées, un Lucifer aux yeux d’émeraude avait surgi de la nuit pour lui insuffler la vie.
    Inspire.



    « Maintenant, tu es ma rose. Ma rose bleue.»


    Expire.
    Aime.
    Vis.
    C'était ce qu'elle avait entendu dans le geste fugace, éternel de ses mains aux doigts blancs lardées de sang caillé, si longs, nouant un foulard bleu d'océan à la manière d'une fleur de nuit germant dans ses cheveux. Ses cheveux noirs, qui frisent avec mesquinerie dans la poix de la nuit, détrempés sous l'averse qui ronge ses os. Mais le martèlement de l'eau assassine ne parvient plus à ses oreilles, ne lèche plus sa peau, ne voile plus ses yeux, ne lave plus ses illusions de gamine prématurément vieillie, car désormais elle est sourde et aveugle, tous ses sens ont trépassé dans un maelström onirique. Elle a quinze et mille ans puis elle n'est plus, car le monde ne se résume plus qu'à ces deux lacs pareils aux cent nuances de vert, sans un remous de peur pour en émailler les abysses infinies, la petite fille se laisse porter par la douceur du courant avant de s'abîmer dans les eaux protectrices sans prendre sa respiration, elle sait qu'elle part pour ne plus jamais revenir, pour se laisser engloutir par le vert ravageur de ces yeux de fille qui inonde tout, même la nuit, même la mort, elle se noie avec délice.
    Seuls osent s'agiter encore ses doigts, ses doigts trop blancs et trop longs dont l'imparfaite écume caresse avec hésitation les boucles onyx qui moussent dans le cou de l'enfant, noyée dans ses bras.






    Sa bouche se tordit en une grimace dans la glace des toilettes de l'Ecole d'Art. Avec un seul geste, il avait réécrit son existence. C'était le pouvoir secret de cet être redouté de tous parmi les yankees, qu'elle seule aimait passionnément, d'un amour brumeux qu'elle refusait de s'avouer dans sa soif de force et d'indépendance, qu'elle masquait sous les noms d' "amitié" puis de "fraternité", pour se rassurer. Un amour muet; celui qu'elle se plaisait à considérer comme un grand frère sauvage et indomptable lui avait appris à bannir la vacuité du langage. Les paroles annihilées sous le masque qu'il lui avait plaqué sur le visage, elle s'était résolue à lui parler sans mots, l'âpreté d'un regard ou la chaleur d'une main sur une épaule nue étaient tellement plus puissants. Elle n'avait jamais rien su sur lui. Quel âge avait-il? Qui était-il? Pourquoi, Ikuto?... Son nom même il ne le lui avait pas donné; elle l'avait entendu soufflé avec terreur par un casseur d'un gang ennemi, délirant après s'être saoulé dans un de ces salons roses qui distillaient la chair de jeunes nippones prêtes à se vendre pour une poignée de yens. Dans l'opacité de toute sa carcasse trop maigre, seuls ses yeux si verts chargés d'embruns laissaient entrevoir, le soir, lorsqu'elle le rejoignait sur le port, les cendres crépusculaires d'une enfance nécrosée. Pourquoi son regard dont il s'échinait à voiler la moindre émotion se faisait-il meurtri pour se perdre sans cesse par delà les collines de la petite ville, dans cet ailleurs passé auquel elle n'avait nul accès? La jeune femme apposa une main hâlée sur la transparence de la glace. Lentement, elle se mit à glisser le long de la surface légèrement poussiéreuse du verre, arpentant les courbes séchées de son image. Pourquoi?... Pourquoi n'avait-il jamais regardé l'ébène de ces cheveux cramé au fer pendant des heures pour lui plaire, la pudique ombre de ces fossettes, la peau tendre de ces lèvres amoureuses? Pourquoi, le jour où elle les avait rehaussées crétinement de vermeil, n'avait-elle eu droit qu'à une gifle?


    « Pardon, je ne recommencerai plus! », qu'elle larmoyait en se tenant la joue.
    « Où tu vas? Ikuto! Pardon, ne pars pas, ne me laisse pas! »


    Trop tard, il avait fuit avec une hâte incompréhensible qui la laissait anéantie, elle s'était mordu la lèvre jusqu'à sentir l’amertume du sang chaud brûler sa bouche, recouvrir tout le rouge à lèvre, avant de courir après lui pour tenter de le rattraper dans le dédale urbain. En vain, elle le savait à présent; c'était la dernière fois qu'elle l'avait vu. Elle avait bousculé un cycliste en courant, elle croyait, elle ne savait plus trop, mais elle se souvenait nettement avoir aperçu la silhouette de cette petite fille se découpant dans la foule.
    Une petite fille en uniforme d'écolière, avec deux longues tresses encadrant un visage très doux.
    Une petite fille aux cheveux châtains et aux yeux émeraudes.






    Merde! Mais cette gosse...
    Junko manqua s'étouffer, elle se retourna précipitamment. Mais la jeune fille à la robe grise avait disparu entre temps. Elle ne connaissait même pas son nom. La figure toute dégoulinante d'eau du robinet qu'elle avait oublié d'essuyer sous le choc, elle se faufila entre les visiteurs de la galerie sirotant un verre de kokuhai en croquant des gâteaux salés ou une poignées de petits pois croustillants nappés de wasabi. Elle se vit elle-même contrainte d'accepter un gobelet en plastique rempli de la boisson aux reflets mordorés, alliant la fraîcheur mutine du cola au feu de l'alcool.


    - Merci, excusez-moi, vous n'auriez pas vu une jeune fille portant une robe grise, cheveux châtains assez longs, non la peau claire, elle est partie par là, vous êtes sûr? Arigatō!


    Elle finit par se frayer un chemin dans la foule des badauds commentant les oeuvres exposées parfois avec force mauvaise volonté, des parents vantant le génie créatif de leur progéniture, des anciens élèves hilares transformant à souhait le passé en échangeant des anecdotes piètrement rocambolesques. Enfin, elle retrouva la jeune fille croisée prestement au hasard d'une porte de toilettes ouverte. Elle observait une toile, les bras croisés. Même de loin, Junko ne put s'empêcher d'établir en pensée une ressemblance physique avec le ténébreux délinquant de Suita. Serait-il possible que?... Sa réflexion demeura suspendue. Tout à coup, elle s'aperçut que les bras de la jeune fille se soulevaient imperceptiblement. Non. Ils tremblaient. Nerveusement. Elle s'affaissa à genoux sur le sol, déclenchant la panique parmi les visiteurs. Elle est en train de faire un malaise! Non, elle est juste tombée! Elle est blessée? Regardez, elle tremble, pauvre petite! Grands dieux, appelez un médecin! Junko s'élança de concert avec plusieurs inconnus pour lui porter secours. La fille aux boucles châtains était paralysée, comme en proie à une hallucination. Un démon du passé. Lentement, Junko se retourna. Elle pâlit.

    Cette peinture que la jeune fille fixait dans une négation parfaite du temps s’égrenant, ses yeux émeraudes écarquillés dans leur torpeur sourde, c'était elle qui l'avait exécutée. Une oeuvre unique parmi toutes celles qu'elles avait jamais réalisées. Ce n'était pas un de ses paysages chamarrés aux tentacules fantasmagoriques, végétation extraterrestre aux volutes abstraites longuement réfléchies. Non, cette oeuvre-là c'était l'un de ses seuls portraits, une impulsion, jaune, vert, noir éclaboussant le lin comme une vomissure, l'élan ultime d'un coeur torturé abandonné sur le pavé de Suita la nuit de ses quinze ans, petit paquet de chair flasque et tremblant, qui continuerait de battre et de baver son sang, animé pour toujours de la vie des viscères morts.
    Le portrait d'Ikuto.

_________________
Spoiler:
 


Dernière édition par Junko Saotome le Mer 6 Mar - 13:18, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: ~ Memories of lost good times ~    Mer 6 Mar - 9:58

[désolée pour le temps de réponse, le chargeur de mon PC portable m'a lâché et en plus, j'ai l'impression d'avoir perdu la main...]


    J'avais rencontré une jeune fille enfermée dans une cabine. Elle avait l'air complètement hagarde. Lorsqu'elle sortit de la cabine après que je l'ai refermée sous l'effet de la surprise, la jeune métisse avait l'air encore plus perturbée. Il me sembla même qu'elle prononça le nom de Ikuto. Je lui demandai, sincèrement inquiète, si elle allait bien. Ce à quoi elle me répondit, se composant un sourire forcé :

    - Oui, oui, bien sûr, ne vous inquiétez pas pour moi.

    Je n'étais pas tout à fait convaincue par ses paroles. Elle n'avait pas franchement l'air d'aller bien. Face à ma suspicion, elle continua :

    - Tout va bien, je vous assure, je suis juste un peu... sonnée...

    Suite à cela, elle crispa sa main sur son poignet. Et elle ajouta qu'elle devait laver sa manche car elle était sale. Son attitude me semblait plus qu'étrange. Elle me tourna le dos pour aller aux lavabos. Cette jeune femme me semblait vraiment avoir un sérieux problème. Mais honnêtement, je doutais d'être la personne la mieux placée pour l'aider. Je n'ai jamais été douée pour aider les autres...

    Je quittai donc les toilettes, retournant dans la salle d'exposition. En me promenant parmi les peintures des élèves, je scrutai la foule, espérant vainement le trouver. Et mon esprit vagabonda dans mes souvenirs d'enfance. Je me revoyais toute gosse, quand mon frère jouait du piano. J'étais assise juste à côté et je le regardais jouer, complètement fascinée par ses doigts qui appuyaient sur les touches du clavier d'un air si assuré.

    Et puis, je revis d'autres souvenirs, moins agréables. La mort de notre mère. Le sang autour de son corps renversé par une voiture. Mon frère juste à côté, l'appelant de toutes ses forces en pleurant toutes les larmes de son corps. La panique qui s'en suivit. C'était suite à cela qu'il avait mal tourné. Il rentrait au petit matin à la maison, après avoir trainé dehors toute la nuit. Il sentait alors l'alcool et le tabac. Quelques fois, il rentrait avec un œil au beurre noir et des vêtements déchirés. Jamais il ne m'expliquait quoi que ce soit. Quand j'essayais de lui demander pourquoi il agissait comme ça, il ne me répondait pas dans ses bons jours. La plupart du temps, il me disait sèchement que je n'avais pas à me mêler de ses affaires. Je l'entendais souvent se disputer avec notre père. Généralement, il quittait la maison juste après, mettant fin à nos tentatives de le raisonner.

    Un autre jour, j'avais pris mon vélo pour aller à l'école. Je devais avoir aux environs de 11 ans. Le désarroi provoqué par la mort de notre mère avait laissé place à une douce mélancolie. Je ne voulais penser qu'aux bons moments passés avec elle. De loin, j'ai aperçu une silhouette vaguement familière. J'ai détourné les yeux 30 secondes de ma route... et ce fut suffisant pour que mon visage se retrouve collé au macadam. Je n'avais pas vraiment compris ce qui s'était passé. J'avais simplement senti qu'on me bousculait.

    Mon regard fut accroché par un tableau en particulier, mettant fin aux tourbillons de mes souvenirs. Un portrait extrêmement bien exécuté et criant de vérité. Le visage du jeune homme représenté sur ce portrait était très précis : les courbes de son menton, son nez droit et aquilin, son sourire inexistant, ses yeux émeraudes, ses cheveux entre le châtain et le blond en bataille. Par réflexe, je croisai les bras, stupéfaite. *Non, c'est pas possible...*, pensai-je en silence. Comment savais-je que ce portrait était parfaitement dessiné ? Tout simplement parce qu'il s'agissait de mon frère. Ikuto. Je me reconnaissais dans ses yeux émeraudes.

    Je fus assaillie par de douloureux souvenirs. Ikuto... son visage tordu de douleur le jour de l'accident. La façon dont il avait dérapé ensuite. Nos fréquentes disputes à chaque fois qu'on se parlait. Et sa fugue silencieuse. Même pas un mot expliquant son geste. Il était parti du jour au lendemain, sans laisser de trace. Je n'avais plus jamais entendu parler de mon frère. Jusqu'à aujourd'hui : ce portrait prouvait que quelqu'un avait été en contact avec lui. Quelqu'un le connaissait particulièrement bien pour l'avoir dessiné dans les moindres détails. Ce tableau était très réaliste, au point qu'il reproduisait même l'aura ténébreuse émanant de sa personne. Aura peu rassurante qui me plongea dans d'autres tourments : les cinq garçons dans la petite ruelle. La maison abandonnée dans laquelle on m'avait...

    Mes bras se soulevèrent vers la toile, en tremblant nerveusement. Des tremblements irrépressibles. Mon visage se tordit sous l'effet du choc. Je m'affaissai brutalement au sol. Tout mon corps fut pris d'une violente crise de tremblement. Mes yeux ne parvenaient pas à se détacher de la toile. Ikuto et les garçons de la ruelle. Et si tout était lié ? Non, je divaguai. Impossible. Ikuto ne pouvait pas avoir eu un lien quelconque avec ces cancres. Mais comment en être sûre ? Après tout, il avait trainé avec les pires racailles de la ville. Mais pourquoi m'aurait-il fait du mal ? Pourquoi était-il parti sans rien dire ? Était-il toujours en vie ? Pourquoi n'avait-il jamais donné de ses nouvelles ? Pourquoi le frère que j'aimais tant malgré tout ce qu'il avait fait était-il parti sans même me dire au revoir ? Pourquoi était-il devenu comme ces types qui m'avaient... ?

    Je restai complètement indifférente à la panique générale que mon comportement avait provoqué. En réalité, c'était à peine si je m'en rendais compte. Il me sembla reconnaître vaguement la jeune métisse que j'avais croisé dans les toilettes. J'avais l'impression que l'agitation autour de moi me parvenait de loin. Comme si j'étais dans une bulle insonorisée. Je ne pouvais plus bouger. Mon corps ne m'obéissait plus. J'en avais une nouvelle fois perdu le contrôle, comme ce jour-là avec ces hommes. Rien n'avait de sens. Si j'avais pu, j'aurai pleuré. Mais j'étais trop abasourdie pour faire quoi que ce soit.

    «_ Ikuto... Oh mon dieu, Ikuto... »

    Murmurai-je. Prononcer son prénom déclencha un torrent de larmes que je ne pus contenir. Mes yeux restèrent fixés sur la toile. Soudain, je n'eus qu'une envie : savoir qui avait fait ce portrait. Cette personne devait me dire où était mon frère. Elle devait forcément savoir !

    Je fis alors quelque chose que je n'aurai jamais eu le courage de faire jusqu'à alors. Je criai, d'une voix implorante, comme à demi-folle :

    «_ Qui... Qui a dessiné ce portrait ? »

    Évidemment, on me regarda comme si j'étais devenue folle. Surtout que je n'avais pas bougé du sol. Je restai éplorée à terre, sans la volonté de me relever.
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