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    Nana Osaki vit cachée tel un chat vagabond à Londres, évitant tout contact avec ceux qu'elle a connu par le passé. Cependant de nouvelles révélations sur la mort de Ren pourraient bien tout changer.



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 Saint Valentin... Sans Valentin ? [Isaac + Junko]

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Isaac Mugen
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MessageSujet: Saint Valentin... Sans Valentin ? [Isaac + Junko]   Mer 22 Fév - 22:17

    Concours n°7 / Saint Valentin... Sans Valentin ?



    Les jours lointains
    Sous un soleil radieux
    Plus lointains encore

    Shuoshi MIZUHARA




    Non loin d'Itabashi, Nerima, son parfait paradoxe, accueillait les âmes en quête de charme et de quiétude. Les bois, les gens, les rues et l'air même était autre. C'était un monde de l'ailleurs.

    Dix-sept heure. Une foule de petits commerçants, bénévoles sur le pied de guerre, artificiers et voyageurs divers allaient à l'assaut du parc Shakujii. Mais si les organisateurs prévoyaient divertissements et autres surprises, ils mettaient un point d'honneur à préserver l'élégance et la noblesse de ce lieu. Shakujii était précieux, réputé et protégé. Avant toute chose, un jardin Zen ou l'homme ne s'impose pas à la nature : il s’y conforme et s’y intègre. Un refuge ou l'expression artistique, riche en mythes et symboles, était imagée jusqu’à l’extrême, comme seuls les Japonais savent le faire. Tapis de pierres, pruniers et cerisiers en mémoire du Japon médiéval et de son romantisme guerrier, des ponts contre les esprits malfaisants, des portiques, barrières et haies : autant d'étapes à franchir que de curiosités à découvrir, vers l'illumination, ou, au moins, la sérénité.

    Sanctuaire des rêveries, une paix rare régnait sur ces lieux, ou maîtresse Nature triomphait de la démence humaine, de ses buildings et autres prétentions gigantesques. Au-delà d'une civilisation de la performance, de l'outrance et de la vitesse, ici, calme et tranquilité dominaient. Une respiration nécessaire, un espace en dehors de la vie, du temps, des fourmillières humaines. L'extravagance de la Nature, les tons fanés de ses hivers, les premiers blancs et verts de son printemps : toute chose immuable et si fragile à la fois. Une harmonie oh combien regénératrice ! Cependant, en ce début de saison, la renaissance était inachevée. Si les cerisiers tardaient encore à se vêtir de leurs couleurs habituelles, les pruniers et érables du Japon marquaient déjà de leur présence éclatante les étangs et sentiers. Du rouge, de l’orange et du vert clair, une intimité qui se muait bientôt en folie, et la grandeur en humanité, le soir approchant.

    Un nombre incroyable de petits stands poussaient comme des azalées sur les chemins, comme des lampions aux teintes affolantes se mêlaient aux feuillages d'arbres fatigués par l'hivers passé. A l'occasion de la St Valentin, Shakujii serait ouvert aux couples, et aux couples seulement, le soir même. Le lac, Fujimi, offrirait aux amis, amoureux peut être, collègues et connaissances un peu de poésie à l'atmosphère. Barques et cygnes à moteurs suggéraient une promenade à qui le demandait. Déjà, la lumière du jour s'évanouissait. Dix-neuf heure : on commençait à investir les lieux, rire au sakê et goûter aux étranges propositions culinaires des uns et des autres. Certains venaient déguisés ou traditionnellement vêtus, alors que d'autres ne pouvaient se défaire de leurs cuirs délavés. Entre fontaines et Divinités statufiées, la nuit, Shakujii s'illuminait en ombres fantastiques. C'était un rêve pour certains, un sublime cauchemard pour d'autres.



    Croissant de lune
    Etole de lumière
    Envoûte la nuit.
    Auteur inconnu


    Spoiler:
     



Dernière édition par Isaac Mugen le Dim 18 Mar - 15:21, édité 1 fois
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Junko Saotome
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MessageSujet: Re: Saint Valentin... Sans Valentin ? [Isaac + Junko]   Mar 28 Fév - 19:59



« Tokyo, la nuit.
Tourbillon frénétique de lumière.
Onirique.
Hypnotique.
»





    La lumière jaillit dans la pénombre, illuminant le cuir élimé du sofa, révélant la courbe voluptueuse d'une jambe dénudée, frissonnant imperceptiblement au contact du tissu froid. Puis le son perça le néant, ébranlant la quiétude glacée de la nuit. D'abord murmure gracile, tapis dans l'obscurité frêle, il s'amplifia progressivement, se fit détonation. Les notes se répétaient, indifférentes, en un flot incessant résonnant dans la moiteur nuptiale. Elles parvinrent enfin, tranchantes, à ses oreilles, l'arrachèrent dans une ultime pulsion au sommeil dans lequel elle s'était paisiblement laissée glisser quelques heures plus tôt. Sa gorge sèche émit un râle sourd, son corps tressaillit brusquement alors que ses muscles endormis se tendaient sous sa peau d'une fraîcheur veloutée. Ses yeux papillonnèrent lentement, tentant vainement de distinguer une silhouette familière dans la chape d'ombre. Un bras hésitant se déplia, s'enhardit à soulever son corps roide, mais celui-ci retomba avec un bruit mat sur le cuir glacé. Luttant ardemment contre la fatigue, ses doigts fins caressèrent la moelleuse couverture d'acrylique, puis, à regret, quittèrent sa protection. Ils la retournèrent furtivement, arpentant son méandre de plis soyeux, l'écartant d'un geste vif, avant de dénicher un objet petit et plat. Dont l'écran à cristaux liquides étincelait, d'un éclat éblouissant. Et très, très bruyant. Elle poussa un grognement agacé, immédiatement suivi d'une série de reniflements exaspérés. Ses pupilles d'ébène flamboyantes se plissèrent, aveuglées par la lueur agressive de l'écran.

    «  Putain, maugréa-t-elle en essuyant rageusement la commissure de ses lèvres, maculée d'un filet de salive, il est trois heures du mat' là... Quel est l'en**lé qui est allé m'appeler à une heure pareille... »


    Il allait vite se prendre une bonne engueulade dans la tronche et elle pourrait se recoucher. En paix.

    « Quoi !?... un message ?  »

    Ahurie, elle laissa un instant retomber son coude endolori sur la couverture et le massa en soupirant. Sa langue lécha ses lèvres ténues, geste hérité de l'enfance et qui trahissait sa perplexité, et la jeune femme entreprit de se reconcentrer sur son téléphone portable. Ses yeux aux longs cils de velours, qui envoûtaient les regards qui croisaient le sien, s'écarquillèrent de surprise. Mais qu'est-ce que... Elle relut le texte lentement ; les lettres défilaient dans la transparence de ses pupilles rivées sur l'écran lumineux. Et non. Elle avait bien lu. Qu'est-ce que c'était que cette histoire ? Une mauvaise blague ? Si c'était le cas, le plaisantin avait de l'imagination. Beaucoup, d'imagination. Et était passé maître dans l'art de troubler des inconnus. Bah, elle aurait tout le temps d'y réfléchir le lendemain. Ah, mais c'était déjà le lendemain. Disons plus tard dans la journée alors... Elle passa sa main dans ses boucles ébouriffées, qui collaient à son front mouillé d'une fine pellicule de gouttelettes de sueur, et poussa un profond soupir. Pour l'instant, son esprit était trop embué pour penser convenablement. Trop heureuse d'avoir trouvé une bonne raison pour se rendormir, ses paupières lourdes se refermèrent et elle se blottit dans les chauds replis de la couverture, réprimant un frisson lorsqu'elle sentit sa jambe nue se recroqueviller. Elle n'avait pas le courage de réajuster la jambe de son pantalon. Elle changea plusieurs fois de position, blottissant son visage dans le duvet du traversin. Mais elle ne parvint pas à se couler à nouveau dans les bras de Morphée. Son esprit était taraudé par le mystérieux message. Et son tout aussi intriguant expéditeur. Elle se mordilla l'ongle sans s'en rendre compte. Elle ne devait pas y aller. Si c'était une plaisanterie mesquine, elle serait bien avancée... Et puis tant pis. La tentation était bien trop forte. Elle allait courir le risque. Elle irait. Il l'attendrait. Elle en était persuadée.



    Abandonné négligemment dans le désordre des pans de la couverture, l'écran, toujours ouvert, arborait un éclat nonchalant. Des pixels noirs se détachaient nettement sur le fond opalescent de l'appareil, composant les lettres d'un texte court.



    «  Rejoins-moi ce soir, à 19 H, à l'entrée du parc Shakujii.
    Ne me fais pas attendre.
    Joyeuse Saint-Valentin, ma belle.
    Ton Valentin.  »


_________________
Spoiler:
 


Dernière édition par Junko Saotome le Sam 19 Jan - 16:12, édité 1 fois
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Isaac Mugen
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MessageSujet: Re: Saint Valentin... Sans Valentin ? [Isaac + Junko]   Dim 11 Mar - 0:25



     A la St Valentin, j'suis pas amer, bien au contraire. Pour tout vous dire, je m'en contre-fou. C'est simplement navrant d'exposer inlassablement le détachement incroyable qui lie un homme face à l'amour. Oui, je me fiche de la passion, du flirt, de l'amourette et du caprice. J'étouffe, je veux être libre. Courir ou bon me semble. Passer le 14 au bar ou dans la rue, écrire et pisser si j'en ai envie. Sur la route du rock, sac-à-dos, un peu d'eau de vie baby ! Je vous laisse le poids du monde. Je vous laisse à vos pseudo-disputes ordinaires, vos petits boulots habituels, vos jérémiades journalières. J'vous laisse avec l'école, les joints, les copains, la colère, la culpabilité, la résignation. J'suis pas fait pour ce monde. Peut être fou, mais je respire l'air que l'Homme envie. Vous ne le reconnaitrez jamais, j'le sais, et j'en suis bien heureux. Y'a pas mieux pour me prouver que j'ai raison de vivre.
    Parfois, j'ai envie de tout foutre en l'air. Mais on me fait la guerre jusqu'à chez moi, les chiottes, le bus, la rue, d'Itabashi à Arakawa. Les gens et même le chat, tiens ! Il me regarde avec ses yeux de p'tit vieux, je crois qu'il cherche lui aussi à me convaincre de rester en amour. Et puis la radio, cacophonie d'idioties, chante aussi ce ramassi de sottises, amour éternel. Mes fesses le sont aussi, non ?!

    J'suis pas fou, Isaac M. Point à la ligne. 
    _______

    Suis la rose bleue...


     Il relève la tête et observe longuement le plafond vouté de la chambre, éclairé par la clarté de la lune. S'enveloppant entre les filets de la couverture, il reste là, inerte, à rêvasser comme à son habitude. Elle était petite et désuète, d'une ambiance particulière, déséquilibrée : très peu de meubles, entendez matelas et bureau improvisé, ainsi qu'une montagne de photographies et de bibelots en tout genre. Quelque chose comme une sculpture bizaroïde trônait dans l'angle de la pièce : des canettes de coca et paquets de cigarettes ampilés, sur lesquels étaient déposés une lampe de chevet. Ca lui rappelait qu'il fumait trop. Les murs grisés par le temps accumulaient images et articles de journaux : il y collait ses pensées, ses intuitions de l'accident, tout ce qui, dans la presse, avait attiré son attention. Isaac avait bien conscience de ces fantaisies, mais il s'en fichait. Personne ne venait ici, de toute façon. Le premier étage suffisait aux connaissances, amitiés et amours.

    Si le jeune homme se contentait de peu, cette pièce n'en était pas moins confortable. Des coussins bariolés s'entassaient sur ce qui lui servait de couchette. Isaac se plaisait dans cette esthétique du chaos, son désordre organisé lui était nécessaire. Il ne supportait pas le trop rangé, qui lui donnait l'impression d'étouffer. Il était bien.
    Le chat faisait des allers et retours, de la fenêtre jusqu'à ses genoux, quémandant nourriture ou affection.

    - Tu as faim ? ...Viens, allons nous préparer quelque chose.

    Il serait bientôt payé. C'était une question de temps. En attendant, il devait être reconnaissant. Après tout, il était parti de rien. Et puis, il pouvait jeûner sans problème. Mais le chat, c'était une autre affaire. Ca le faisait culpabiliser. Il était maigre. Il y tenait, à ce chat. Capitaine, il s'appelait. Isaac l'avait trouvé dans une poubelle à Shibuya, près du port. Comme un déchet, on l'avait foutu dans un sac plastique. Bienvenue dans le monde des humains !


    L'air était étouffant. Isaac eu bien du mal à trouver le sommeil. Il s'était finalement endormi comme un petit garçon, et avait fait l'expérience d'un rêve des plus étranges. Un homme, grave. Un homme qui lui ressemblait. Il l'appelait enfermé derrière une grille, les barreaux froids d'une prison oubliée. Ses mains étaient meurtries, couvertes de sang tant il avait martelé les tiges de fer. Son regard tourmenté ne reflétait que la peur, le trouble et l'anxiété. L'individu semblait vraiment mal en point et s'égosillait avec espoir qu'une personne vienne à son secours. Il suppliait qu'on le laisse s'enfuir. S'envoler. Il appelait son frère.

    _______

    Suis la rose bleue...


     Isaac s'était réveillé au milieu de l'obscurité, transpirant. Ne comprenant pas ce qui lui arrivait, il était allé se chercher un verre d'eau, tout en essayant de reprendre ses esprits. Le Capitaine le suivait. Il avait comprit, il le soutennait à sa manière, comme le ferait sûrement le plus mignon des pots de colle de la terre. Le pauvre, il en avait vu des vertes et des pas mûres.
    Cette phrase l'obsédait, comme un refrain incessant. La rose bleue. Le rêve et le mystère, l'impossible, espoir éternel. La mélancolie. "Suis la rose bleue... La vérité. Dix-neuf heure, Shakujii, Nerima.", et c'était tout. Ah si, c'était signé "W". Charmante intention ! L'expéditeur avait prit soin, pour une fois, de renseigner son "nom". Encore un qui se prenait pour un héros de série-télé.

    Isaac avait trouvé cette feuille dans sa boîte aux lettres, chiffonnée et frappée d'humidité. Une écriture froide, rectangulaire et précise : l'individu qui l'avait rédigé ne devait sûrement pas en être l'auteur, mais plutôt l'éxécutant, encore. La sensibilité poétique dont témoignait ce message ne collait pas avec la rigidité du trait. Isaac observait à nouveau le bout de papier, de long en large, coins, angles et plis. Quelque chose lui avait peut-être échappé. Mais c'était une rose bleue, et rien d'autre. Putain.

    Le jeune homme était retourné se coucher, mais en vain. Sommeil ne l'avait pas emporté. Capitaine non plus ne semblait pas décidé à dormir, car l'heure de la chasse avait enfin sonné. D'un bon, il s'échappa par la fenêtre du plafond, avant d'être avalé par les ténèbres. La nuit passa vite, à l'égal d'un courant d'air.

    Après avoir réfléchis au pourquoi, qui et comment, Isaac opta pour sa première impression. La rose bleue n'était ni un commerce, ni un point donné. Sur l'annuaire, il avait cherché un bar, une place, une rue, bref : tout et n'importe quoi. C'était probablement un repère, un élément spécifique destiné à faciliter la rencontre. Mais le plus étrange, c'était justement ce rendez-vous : un jour et une soirée de Saint Valentin ! Une mauvaise blague ? Isaac n'y croyait pas une seconde. C'était eux, il le savait. Bien le genre !

    _______

    Suis la rose bleue...


     Dix-huit heure, le monde se pressait à Nerima : des touristes enchantés et leurs clochards, des étudiants et les amoureux. De grandes villas s'allongeaient le long des rues maintenant éclairées. Jamais on ne rencontrait les propriétaires, emmurés dans leurs demeures gargantuesques. Dix-neuf heure moins le quart, Isaac arrivait à l'entrée du Jardin, le coeur en appréhension. Il s'enfonça dans une petite ruelle triste et obscure, non loin d'un portail en fer forgé, comme on en comptait une dizaine autour de Shakujii. Le temps de fumer une cigarette, il pourrait placer le couteau dans la manche de son pull-over, incognito. Ils ne l'auraient pas une deuxième fois, il ne se laisserait pas faire.
    Des gens de toutes sortes et conditions se mêlaient à l'euphorie générale. Dans ce défilé d'étrangetés, il se sentait incertain et écarté. Anomalie de ce monde, un insensé en quête de vérité. Isaac était plus qu'excité. L'idée d'un nouvel échec lui était insupportable. Pas aujourd'hui. Il leva les yeux, il sursauta. Le type à la rose bleue, il portait un chapeau melon.



    C’est la dernière rose de l’été,
    Restée seule en fleur,
    Alors que ses charmantes sœurs
    Sont mortes ou fanées.

    Thomas Moore



Dernière édition par Isaac Mugen le Dim 18 Mar - 15:19, édité 3 fois
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Junko Saotome
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MessageSujet: Re: Saint Valentin... Sans Valentin ? [Isaac + Junko]   Dim 11 Mar - 12:54




L'aurore s'allume ;
L'ombre épaisse fuit ;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit ;
Paupières et roses
S'ouvrent demi-closes ;
Du réveil des choses
On entend le bruit. *






    La brume matinale de mars voilait l'allée de cerisiers qui se déployait devant son appartement. Accoudée au balcon de fer forgé, elle observait Bunkyo s'éveiller. Les routes s'illuminaient, submergées par les vélocités éblouissantes des phares et des néons, telles d'immenses veines phosphorescentes. Les boucles vermeil d'Amaterasu dardaient leurs rayons au creux des gratte-ciels, tendant leurs gigantesques corps scintillants dans la lumière naissante. Les spirales de Fūjin s'engouffrèrent soudainement dans l'allée, giflèrent le visage de la jeune femme qui ferma les yeux. Les lanières du vent cinglaient sa chair, une bouffée de sérénité s'empara de son corps, comme une fumée endorphine envahissant l'espace. Lorsqu'elle rouvrit ses paupières, une fleur de cerisier éclose précocement gisaient sur le sol du balcon. Une fleur nomade, jetée sur le béton. Elle se pencha et la ramassa. Les fins pétales effleurèrent délicatement sa paume. Une délicieuse effluve parfumée émanait de ces pétales d'un blanc presque pur, ornés de tons rosés. Elle huma la tendre corolle avec précaution, puis y plongea son nez aquilin. Les senteurs subtiles s'engouffrèrent dans ses narines pour l'envahir toute entière, dans une explosion de fraîcheur boisée, lui arrachant un frisson d'émoi. Les yeux pétillants d'allégresse, la grande métisse fixa la fleur dans ses sauvages boucles brunes zébrées des reflets de l'aurore flamboyante, et, portant une cigarette à ses lèvres, elle tira une longue bouffée. Des volutes de fumée sibyllines s'étirèrent dans la beauté évanescente d'un ciel de braise, se mêlant au ballet gracieux des pétales de fleurs de cerisier. Elle se figea un cours instant pour contempler, avec une moue pensive, le dégradé de roses orangés qui déteignait dans l'immensité céleste. Ce spectacle aussi éblouissant qu'éphémère la subjuguait, faisant poindre en elle, sans qu'elle puisse l'expliquer, la saveur douce-amère de la mélancolie.




    Subito, une caresse fugitive au-dessus de la cheville la tira de sa réflexion. Deux grands yeux étincelant des milles éclats du soleil levant l'observèrent, un trait laiteux sous les pupilles d'obsidienne en soulignait l'amande parfaite rétrécissant au contact de la lumière. Junko gratta affectueusement la nuque musclée du chat siamois, lissant les soyeux poils caramel.


    « Toi, tu commences sérieusement à empester la clope, sourit-elle.  »


    Il lui lança un dernier regard en léchant sa fourrure fauve, puis s'éloigna sur la pointe des coussinets, avec une grâce toute féline. Le chat errant l'avait observée, un soir, son élégante silhouette élancée tapie sur l'asphalte: une cigarette à la main, elle était adossée à un mur de béton décharné, au détour d'une ruelle sombre et fétide d'Itabashi. Alors que la race était réputée pour ses capricieuses sautes d'humeur, l'animal, apparemment fasciné par cette humaine au sourire nonchalant et à la peau cuivrée, l'avait suivie, et depuis ne la quittait plus.



    Comme elle aimerait être comme lui, totalement libre, sans attache, délivrée du joug d'un passé trop dur, de la crainte d'un futur incertain. Savourant uniquement l'instant présent. Succinct et infini. Avec délice.
    Au fil du temps, elle s'était accoutumée à ses facétieuses œillades félines, dont la profondeur annihilait la nécessité des mots. Il était devenu une sorte de protecteur, veillant tendrement sur elle. Un gardien des temps immémoriaux, au pelage de crème suave et au masque de chocolat.


    « Merde, les chocolats ! »


    Ça lui était complètement sorti de la tête... La coutume japonaise voulait que les jeunes filles offrent aux hommes des chocolats pour célébrer la Saint-Valentin. Même les collègues de travail les moins appréciés recevaient des chō-giri choko, friandises peu coûteuses et au goût très banal, histoire d'offrir quand même quelque chose à défaut de régaler les papilles... Juste lamentable. Elle avait toujours dédaigné cette tradition, la jugeant mièvre au possible. Rien qu'une autre de ses stupides inventions commerciales. A croire qu'ils ont rien d'mieux à foutre... Elle quitta à regret le balcon et traînassa ses pantoufles vers le salon. Et soupira à nouveau en voyant deux oreilles effilées disparaître dans une couverture de laine chiffonnée, glissée à bas du sofa de cuir sale.


    « Et merde, j'avais oublié que je m'étais endormie dans le salon... »


    Avec une bouteille, ajouta-t-elle en pensée en apercevant des débris de verre étincelant dans les plis de la couverture, maculée d'une tâche de liquide mordoré. Elle ramassa méticuleusement les tessons et se dirigea d'un pas las vers la cuisine, formant un petit tas tranchant dans un coin sombre, puis, rassemblant les mèches éparses qui l'excédaient en lui tombant dans les yeux, tressa sa chevelure en une natte serrée. Faut savoir. Soit t'y vas, soit t'y vas pas. Si tu y vas, tu le fais bien. Et tu ne t'arrêtes pas en chemin. Sous peine de ne pas pouvoir revenir en un seul morceau pour nous raconter ton périple... Elle avait appris à aller au fond des choses lorsqu'elle avait intégré un gang de yankee, au collège. Une fois qu'on s'était engagé, impossible de revenir en arrière. Dans cet univers dénué de pitié, le pardon n'était plus que lèvres mordues noyées dans les larmes et le sang.




    Elle ne put que constater le néant qui régnait dans le frigo.


    «  Ça, il fallait s'y attendre. », railla-t-elle, totalement déconcertée.


    Elle réussit quand même à dénicher un fond de crème fraîche. Dans le fatras métallique des vieilles boîtes de conserve tapissant le buffet, Junko parvint égalment à extirper une tablette de chocolat noir, un bocal de poudre cacaotée et un sachet de biscuits salés. Waouh, j'aurais jamais imaginé qu'il y avait tout ça à bouffer, ironisa-t-elle. Elle déchira le papier aluminium et observa piteusement les cinq carrés de chocolat : «Avec ça, je pourrai à peine faire quatre truffes... » Avant que l'ultime once de volonté qui l'habitait encore ne l'abandonne tout à fait, elle saisit la tablette dépouillée de son fourreau d'aluminium, en sépara les carrés et les fendit en morceaux grossiers. La jeune femme fit fondre les savoureux copeaux de chocolat noir tandis qu'elle préparait une ganache avec le reste de crème liquide agrémenté de quelques cuillerées de rhum à la délicate robe ambrée, irisée de reflets d'or brûlant. Elle incorpora ensuite la crème alcoolisée à la mixture et remua doucement le mélange avec une spatule de bois.



    Ce n'était pas comme si elle avait répondu à ce message. Ce n'était pas comme si elle croyait à ces amourettes qui ne naissent que dans les mangas que dévorent ces adolescentes crétines avec extase, ou ces chansons pour midinettes encensant la beauté des amours platoniques, qui passaient en boucle à la radio. Ce n'était pas comme si elle s'attendait vraiment à ce que quelqu'un... l'attende. Mais... quelque chose l'attirait inexorablement.


    Le rêve et le mystère, l'impossible, espoir éternel.




    Après avoir sorti le chocolat du frigidaire où elle l'avait placé durant plusieurs heures, Junko le découpa en carrés épais qu'elle nappa de fine poudre de cacao. Elle s'épongea le front, puis toisa, avec un rictus navré, les quatre misérables friandises qu'elle avait façonnées.
    Et dire que je n'ai même pas de sucre glace pour rendre ces trucs infâmes un minimum présentables...



    Pitoyable. Elle était tout simplement pitoyable. Quelle était la dernière fois où elle avait fait les courses ? Ça devait remonter à plus de deux semaines. Depuis qu'elle avait pris son congé maladie, bien décidée à profiter à fond du repos qui lui était accordé, elle avait passé ses journées à fumer sur le balcon et à s'abêtir en grignotant devant la télévision, avachie sur le divan. Les images et le son traversaient la transparence de sa chair sans plus l'atteindre, ses dents mâchaient mécaniquement la nourriture qu'elle fourrait dans sa bouche sèche à force de boire, seuls ses yeux vides s'agitaient, comme fols, en proie à une transe muette pour s'arracher à ce corps désincarné. Il était plus qu'urgent de fendre ce disque éraillé. Maintenant qu'elle s'était lancée là-dedans, elle devait en subir les conséquences. Et puis, qu'est-ce qu'elle allait se mettre dessus ? Son yukata ? Celui dont le satin violacé était imprimé d'indélébiles auréoles de liqueur, dans lequel son corps ivre avait été transporté par un gamin jusqu'à l'hôpital ? Quand finirait-elle par se rendre compte que quelque chose ne tournait pas rond ? Quand finirait-elle par détruire cet immonde leurre au masque de normalité ? Par s'éveiller de ce songe putride ? Quand?!



    Quand... Certainement une fois qu'il sera trop tard. Trop tard pour rembobiner les vélocités âcres des jours trop longs et des nuits trop courtes. Trop tard même pour imaginer l'ombre d'un regret. Trop tard pour faire autre chose de mieux que de continuer à se foutre en l'air. Avec délice.








    Maintenant, elle comprenait mieux pourquoi elle avait toujours trouvé ces célébrations de la Saint-Valentin dénuées de sens. Une invention de cons pour des cons. Une mascarade pour les adolescents en mal furieux de kitsch. Après tout, c'était presque une fête misogyne : il était inimaginable pour une donzelle de se présenter à la Saint-Valentin sans le moindre présent. Alors que les représentants du sexe opposé, eux, collectionnaient les boîtes de pralinés onctueux, giandujas croustillants et autres fondants intenses, s'enorgueillant de leur popularité auprès des jeunes écervelées. Et elle n'avait pas l'intention de dépenser ses économies dans une de ces boutique grimées d'horribles tons pastels pour un inconnu. Ou un garnement dément, impatient qu'elle lui arrange le portrait.
    Il allait devoir se contenter de s'étouffer avec quatre vils chocolats saupoudrés de cacao.


    A moins que... Non, c'était très drôle, mais non. Comment une idée aussi absurde avait-elle pu germer dans son esprit égaré? Encore une trouvaille saugrenue du roi des Démons pour la faire tergiverser... Et pourtant... C'était tentant. Crétin, mais très tentant. Un sourire espiègle vint fleurir sur les lèvres carmin de la jeune femme.





    ****************



    « Euh, excusez-moi, jeune homme, vous auriez l'heure ? »


    Tears of tenderness.
    Why do you try to find the shadow ?



    La voix éraillée accompagnée du chant langoureux de la basse berçait ses oreilles où cliquetaient des anneaux d'argent, agités par le tressautement du wagon. Une main agrippée à la barre chromée, l'autre soutenant son casque aux arabesques acidulées, elle dévisagea les multiples visages, sérieux, passifs, fourbes, exténués, amusés, transis, jeunes, ridés, métissés, bigarrés. Un panorama de frimousses hétéroclites narguant les motifs immuables des banquettes.


    Eat simply my love.
    Say it was mocked by a world without heart.
    A cold wind blows today.



    Le verre translucide de la vitre était altéré par son propre reflet. Deux grands yeux, lacs ténébreux habituellement habillés d'un trait de khôl mais aujourd'hui sans artifice, la lorgnaient. Les cheveux étaient ordonnés en une gerbe de tresses africaines, retenues par un bandeau sur le front et dissimulées sous un chapeau melon très dandy, jurant avec son t-shirt fluo surmonté d'un blouson de vieux cuir dont elle avait retroussé les manches jusqu'aux coudes. Un jean délavé qui effaçait ses formes, des baskets montantes aux couleurs criardes. Son reflet esquissa un sourire. Ce n'était plus une jeune femme aux lèvres de paradis et aux prunelles veloutées de biche qui lui faisait face. Le verre renvoyait le corps fluet d'un adolescent d'un peu plus de 17 ans, au regard enjôleur d'éphèbe. Sa haute taille pour une japonaise jouait en sa faveur. Elle était méconnaissable.


    « Jeune homme ? »


    Junko se retourna à l'appel. Là où elle n'aurait pu distinguer autre chose qu'une foule compacte quelques secondes auparavant, se détacha une silhouette courbée. Une femme âgée, sa chevelure grisonnante relevée en un maigre chignon, tenant sur ses genoux un petit caniche au poil épars, qui bavait allègrement plus qu'il ne jappait. La jeune métisse faillit répliquer machinalement qu'elle n'était pas un « jeune homme », mais elle se retint juste à temps.


    « L'heure ? », la supplia la voix chevrotante.


    Les lumières artificielles surgirent brusquement du néant. Le train parvenait à la station de Shakujii-kōen. Elle se pressa vers la sortie la plus proche, ainsi que plusieurs couples et un groupe de jeunes filles aux cheveux bouclés décolorés, vêtues à la dernière mode occidentale et piaillant avec euphorie. Elle ne put que faire le rapprochement cinglant avec le caniche. Oui, un troupeau de petits caniches frisés au fer... Le wagon stoppa brutalement. La secousse l'envoya buter dans la barre métallique à laquelle elle s'accrochait. Elle sentit la surface dure de la chemise cartonnée plaquée sur son torse, retenue par une large bande de tissu enroulée autour de son ventre. C'était tout ce qu'elle avait trouvé pour faire disparaître les voluptueuses rondeurs de sa poitrine. Elle allait devoir se montrer vigilante. Très, vigilante. Son déguisement pouvait la trahir à chaque instant.


    « 18H20 ! »


    Say it until I can't hear your voice.
    I leave the heart.
    *


    Il descendit.





    ****************



    Après plusieurs minutes de marche, elle entra dans la parc de Shakujii. L'air du soir gorgé de délicieuses effluves printanières émanant des myriades d'espèces végétales peuplant le parc accueillait les visiteurs. Tous des couples. Elle apercevait déjà d'innombrables stands, pagodes aux allures fantomatiques, comme sorties de l'ère d'Edo. Bordant une allée de cailloux blancs, elles proposaient rafraîchissements, friandises, souvenirs et activités toutes plus diverses les unes que les autres. Où est-ce que je vais trouver ce mystérieux type dans ce bazar ? Interpellée par ses mouvements de tête affolés, une jeune femme se tenant au guichet lui fit signe. Junko ne fit aucun commentaire sur son yukata rose fuchsia, tout comme les barrettes en forme de cœur qui paraient ses cheveux. Tous les employés semblaient porter cet uniforme... ostensible.


    « Eh, vous n'avez pas lu le panneau ? Si vous voulez entrer, vous devez obligatoirement être en couple ! »


    Ah. Elle comprenait mieux maintenant.


    « J'attends quelqu'un.

    - Ah. »


    Plusieurs minutes s'écoulèrent avant que la jeune fille ne se risque à l'aborder à nouveau.

    « Heu... Jeune homme ?

    - Hmmm ?

    -Vous savez, vous êtes juste obligés d'être en couple pour entrer. Après, on ne vous demande pas de venir forcément avec votre petite amie au bras. Tenez, regardez ces deux gamins... qui vont finir par se faire virer s'ils continuent à arracher la pelouse.  »


    A peine avait-elle fini sa phrase qu'un employé s'approcha des garnements, qui détalèrent en ricanant, bousculant plusieurs couples au passage.


    «Vous voyez, sourit la jeune femme, qu'est-ce que je vous disais?

    - ...

    - Eermm, dites-donc, vous n'êtes pas très bavard vous, tenta-t-elle.

    - ...

    - Mais bon, j'imagine que quand on a une belle gueule, on a pas vraiment besoin de parler pour qu'on vous aborde ^^. »

    Elle crut répondre à une demande muette :

    « Malheureusement, je suis coincée au guichet, mais j'aurais vraiment aimé venir avec vous.

    - Hmmm... marmonna le jeune homme en fixant l'entrée du jardin, tentant de retenir une envie démangeante d'arracher la tête de l'ingénue et de la faire ricocher sur les eaux poissonneuses du lac Fujimi.

    - Ah, regardez, vous n'êtes pas le seul à être venu sans partenaire, je vois un autre jeune homme là-bas... Un peu plus âgé que vous quand même... Ah, il est parti. Dommage, il avait l'air pas mal comme mec, lui aussi. Héhé, je sais! Vous pourriez aller au parc tous les deux!»


    Ouais, ouais, c'est ça. Cause toujours.


    « Attendez... Attends ! Je disais juste ça pour rire, s'esclaffa la demoiselle, eh reviens! »




    Putain. C'était le seul mot qui lui venait à l'esprit. Putain. Elle s'était faite avoir. Là, elle touchait vraiment le fond.
    Personne ne viendrait.
    Ce n'était qu'un message romantique à la con, une plaisanterie à deux balles.
    Personne ne viendrait.
    Personne.


    Il ne lui restait plus qu'à rentrer chez elle et à passer cette soirée et les suivantes affalée sur le sofa élimé, avec pour unique compagnie un paquet de cigarettes, un sachet de chips et des canettes de bière stout. Hum... après réflexion, oublions les chips. Le dernier sachet qu'elle avait aperçu était éventré, son contenu s'étant répandu en un débordement salé dans un angle fangeux de la salle de bain. Ou des toilettes... elle ne savait plus très bien.


    Se déguiser en garçon... Décidément, ça ne l'arrangeait pas de boire le soir... Mais qu'est-ce qui lui était passé par la tête, bordel ! Après tout, elle avait toujours été un garçon manqué. Est-ce qu'elle avait honte d'elle-même à ce point? De cette... faiblesse... qui la faisait femme ?

    L'espace d'une nuit fugace, dans les rassurantes vapeurs de l'obscurité et de l'incognito, changer le cours de l'histoire.
    Gommer sa misérable existence.
    Sectionner le fil.
    Briser le fuseau.
    Voler la vie d'un autre.
    Un germe pourri qui avait prit racine dans son esprit désabusé.
    Rongé par la gangrène de la désillusion.
    Tout aurait été... si différent.



    Comme toujours, elle avait fui.
    Fui devant ses responsabilités.
    Fui devant ce destin qu'elle ne pouvait pas contrôler.
    A une époque, elle s'était plu à penser que l'imprévu pouvait être excitant. Aujourd'hui, l'imprévu l'effrayait.
    Parce qu'elle sentait qu'elle ne pouvait en maîtriser les rouages.
    Parce qu'elle sentait que le fil de son existence lui échappait.
    Inexorablement.


    Elle était parvenue devant un de ces portiques de fer forgé qui cernaient le parc.
    Le plus isolé.
    Porte mystique.
    Ouverture sur un ailleurs qui lui tendait les bras.
    Mystérieux eldorado, où elle pourrait enfin se noyer dans l'ivresse de ses songes utopiques, drapée dans des feuillages obscurs, sous la lueur irréelle du ciel étoilé. Suspendue dans l'espace et le temps.



    Un petit homme au teint sale et aux yeux plissés, vêtu de l'uniforme des employés du parc, s'approcha d'elle en lui présentant un panier d'osier débordant de gerbes de fleurs:


    « Une rose, jeune homme? »


    Ses lèvres formèrent un sourire composé, tandis qu'elle hochait négativement la tête.
    Et elle remarqua cette rose bleue.
    Beauté outremer jetée sur le macadam.
    Bouton coupé de sa tige.
    Fragilité d'un espoir éternel.
    L'atteinte de l'impossible.


    « Eh! Attendez, vous avez tombé une fleur!»


    L'homme se retourna et lui fit un grand sourire, dévoilant un clavier de dents jaunes.


    « Eh eh, une rose bleue... Elle est belle, hein? Gardez-la, jeune homme, vous l'offrirez à l'élue de votre coeur, héhé »


    Alors que le vendeur s'éloignait, elle s'adossa à la façade délabrée de l'immeuble dressé dans son dos, et saisit la fleur. Elle la fait miroiter à la lueur des derniers rayons du jour, la tourne entre ses doigts avec un petit air chagrin.

    Les fins pétales effleurèrent délicatement sa paume.


    L'élue de mon coeur, hein?
    Pensive, elle fixa la rose à sa boutonnière.
    Ainsi, son destin l'avait rattrapée.
    The Blue Rose... C'était le nom qu'on lui avait donné parmi les yankee, il y avait de cela des années. Parce qu'elle était cette fleur fanée qu'ils avaient cueillie sur le pavé, cette petite âme brisée, étouffée de sanglots sourds, au milieu de la foule des voleurs, des prostituées et des drogués. Leur rose sauvage, une utopique lueur d'espoir perçant les vapeurs putrides d'Itabashi. Leur princesse indomptable, brandissant fougueusement ses points bandés tels des épines acérées.
    Une fleur née de l'asphalte.





    ****************



    Dis-neuf heures moins le quart.


    Say it until I can't hear your voice.
    I let you my heart.



    Un ombre se pencha sur elle. Son coeur bondit dans sa poitrine. Elle leva la tête.
    Et plongea dans les séraphiques pupilles bleu-vert.







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Dernière édition par Junko Saotome le Sam 19 Jan - 16:53, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Saint Valentin... Sans Valentin ? [Isaac + Junko]   Lun 31 Déc - 3:06

[Je fais juste remonter le topic. Isaac, j'attends ta réponse avec impatience!]

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MessageSujet: Re: Saint Valentin... Sans Valentin ? [Isaac + Junko]   

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